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Bérurier Noir

bérurier noir

"Le nom Bérurier Noir avait été trouvé à une occasion bien précise, pour un concert qui devait être une performance.(...) Ce qui est un peu étrange, c’est que le groupe s’est fait avec les gens : le premier concert que nous avons fait devait être unique, et c’est parce que les gens nous ont dit : ’C’est bien ce que vous faites, il ne faut pas s’arrêter’ que nous avons fait notre groupe. Et nous marchons totalement comme ça."
Archives Bérurières (1996)

Bérurier Noir (aussi appelé Bérus ou BxN) est un groupe de la scène punk et alternative française des années 1980, composé principalement de deux membres : Loran (ex Guernica) à la guitare et François (ex Béruriers) au chant, accompagnés d'une boite à rythmes surnommée affectueusement Dédé (modèle Electro Harmonix DRM-16). Dès le premier album, on retrouve aussi parfois la présence d'un saxophone sur leurs mélodies minimalistes et brutales, que ce soit avec Masto (ex Lucrate Milk) ou Paskal Kung- Fou (futur Molodoï) ainsi que de nombreux invité·e·s.

"On ne veut pas jouer devant des gens assis qui applaudissent à la fin pour montrer que c’est bien, on ne veut pas être un produit consommé et avoir ce rapport très froid avec le public. On essaye de casser la scène avec un public qui participe, un peu comme le cirque il y a 100 ans : des types qui faisaient un spectacle dans la rue et des gens qui venaient autour... Une fois qu’on est tous rassemblés, on ne peut plus arrêter le concert, même si les flics sont dehors... Et si en face de François, des types lèvent le poing, c’est qu’ils veulent que le concert continue... Le public représente un potentiel d’énergie qui peut faire bouger les choses. Nous, on dit : ’Prenez vous en charge. Il faut que les groupes et le public prennent les salles, de force’. On a fait un concert à la fac de Tolbiac avec les Porte-Mentaux. Il y avait 700 types, qui sont rentrés dans un amphi, ont vidé le prof, et on a joué. C’est ça la force du public. C’est comme le concert au Liberty’s... On a joué dehors, devant la boîte. Les flics sont venus tout de suite mais n’ont rien pu faire parce que le gens ont tenu le groupe, faisaient un cordon autour de nous... C’est ça aussi le petit théâtre de force : un noyau et de l’énergie autour."
Manifestes n°2 (1984)

Fils illégitime de l’adjoint de San-Antonio, Bérurier Noir voit le jour en 1983 lors d’un concert d’adieu… Boite à rythmes martelante et guitare tronçonnante font écho à une énumération monotone de faits-divers sordides, de manifestes nihilistes et d’histoires psychiatriques. Cette ultime performance minimaliste enthousiasme le public présent qui pousse finalement François et Loran à poursuivre l’aventure.
Le duo enchaine alors les concerts dans les petites salles et souvent en mode sauvage dans les squats, la rue, le métro parisien, les amphis de fac ou en camion sur les manifs, où ils incarnent une sorte d’effervescence insurrectionnelle, enragée et contagieuse… N'ayant aucune confiance dans l'industrie musicale d'alors, ils auto-produisent leurs premiers disques puis participent avec des amis à la création du label Bondage (ex Rock Radical Records).

Au fur et à mesure de leurs apparitions scéniques, ils sont rejoints par une raïa d’agité·es qui illustrent, gueulent et gesticulent les chansons du groupe sur une bande-son de plus en plus brute et tranchante. C'est tout un troupeau d'rock qui se constitue autour du duo originel et qui grandit jusqu'à une vingtaine de personnes, service d'ordre libertaire compris !

En 1986, alors que la radio NRJ se voit obligée d’acheter le 45t "l’Empereur Tomato-Ketchup" pour pouvoir le diffuser sur ses ondes (le label ayant refusé de leur envoyer un exemplaire promo), la vague alternative bat son plein : fanzines, lieux, labels, radios, groupes et collectifs rythment toute une scène rock contestataire qui commence largement à déborder dans la sphère sociale du pays. On commence à s'inquiéter en haut-lieu de cette jeunesse incontrôlable qui s'organise par elle même et qui rejette en masse les partis politiques.
1988 : Sous haute surveillance policière, Bérurier Noir prend d’assaut le Zénith de Paris, imposant ses conditions (places à 50 francs (8 euros), service d’ordre assuré par des proches du groupe, zéro sponsors commerciaux, nombreux stands associatifs, militants, antifascistes et libertaires) et propose aux 6800 personnes présentes un spectacle total où s’entrecroisent déguisements loufoques, refrains acérés, nez de clowns grotesques et sifflets rageurs contre une société qui cherche à étouffer sa jeunesse révoltée.
Mais la pression et le chemin de plus en plus commercial (signatures de gros groupes alternatifs sur les majors de l'industrie musicale) que prendra le rock alternatif en France constituera une des nombreuses raisons qui précipiteront le seppuku du groupe en 1989, marquant ainsi un gros coup d'arrêt au mouvement et le déclin qui va suivre. Après 7 ans d’insolentes réussites, mais aussi de galères épuisantes, d’espoirs déçus et d’envies décalées, Bérurier Noir se fait hara-kiri à l’Olympia, salle mythique de Paris. Pendant trois nuits, le public frémit une dernière fois sous les hymnes de révolte du mouv’ment d’la jeunesse, avant que le groupe ne signe définitivement son armistice, le 11 novembre 1989. Antinomie de ce suicide, les Bérus sont alors au sommet de leur art. Leur spectacle dépasse allègrement les deux heures de scène, au cours desquelles le groupe joue une trentaine de chansons. Chaque morceau fait l’objet d’une mise en scène où se succèdent les déguisements : Indien·nes métropolitains, Chinois·es rebelles, déserteur·euses internationalistes, les acrobates alternent avec les jongleur·euses et cracheur·euses de feu. Ce qui, sept ans plus tôt, n’était qu’une improvisation à l’aide de frusques de grenier a pris des allures théâtrales. Les slogans fusent, la foule exulte une ultime fois. Le concert s'achève sur un ultime appel au public à prendre la relève : "Formez des groupes de rock... LIBRES !".

"Tant qu’il y a du noir, il y a de l’espoir. Voilà, c’est ça qui nous donne vraiment la pêche. Quand c’est vraiment le noir, on se dit, putain, il faut bouger... De toute façon, nous, plus on est dans la merde, plus on gueule..."

Rock Hardi n°10 (1986)